CASH INVESTIGATION et les dérives du système de Santé

Cash Investigation, le magazine qui « buzze » sur France 2 Télévisions et où on parle journalisme d’investigation et enquêtes rondement bien menées a encore sévi dans son dernier numéro intitulé « Santé : la loi du marché » ? Elise Lucet et son équipe se sont attaqués au système de santé français, de l’éternel trou de la Sécurité Sociale (plus de 11 milliards), de la dette des hôpitaux publics et des médicaments à l’efficacité contestée, en menant pendant un an une enquête dans cet univers.

Le constat devrait on dire le diagnostic est sans appel : notre système de santé va mal. En effet, au cours de l’émission on découvre les dérives des établissements de santé avec la tarification à l’activité (T2A), comment ces établissements sont prêts à facturer des actes inutiles sur les patients ou alors à faire appel à des sociétés prestataires privées qui pratiquent le « surcodage » et ainsi inventer des actes médicaux qui ne sont pas réalisés. Ces manoeuvres  permettent ainsi de gonfler les recettes des hôpitaux. On assiste incrédule devant son poste à une véritable fraude organisée en se demandant mais que fait le Ministère de la Santé. Les journalistes tentent en vain d’interroger Mme la Ministre ou Martin Hirsch, directeur de l’APHP qui bottent en touche lorsqu’on leur dit que ce genre de pratiques existe dans nos hôpitaux. Cette émission en quelques exemples révèle le vaste échec de la T2A, mode de financement des établissements de santé issu de la réforme hospitalière. Après les hôpitaux, on passe aux laboratoires pharmaceutiques où Cash Investigation enquête sur un hypocholestérolémiant Crestor®, les stratégies de mise sur le marché du laboratoire ASTRA ZENECA et leur succès en dévoilant comment des experts influents dénichés, sollicités, rémunérés se débattent dans leurs conflits d’intérêt pour justifier la prescription.

Coïncidence ou pas, cette émission est diffusée au même moment où la Loi Santé est discutée au Sénat, de la remise du rapport de la Cour des Comptes sur la Sécurité Sociale….

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Remboursement conditionné à l’observance : l’IGAS dit non

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a commandé voici quelques mois à l’Igas un rapport sur le thème de l’observance. En filigrane, une question sensible : faut-il pénaliser les malades qui suivent mal leur traitement, en arrêtant de les rembourser ?

Le sujet est polémique, le titre du rapport est resté technique et un brin technocratique : « Pertinence et efficacité des outils de politique publique pour faciliter l’observance ». En attendant qu’il soit rendu public, Eric Favereau, qui a pu y avoir accès, propose dans Libé du 10 septembre 2015 une analyse de son contenu.

La réponse de l’Igas est claire : «La mission recommande de ne pas lier le remboursement des soins à l’observance du traitement, même pour une faible part.»

> Voir l’article sur le site de Libération

« Chers confrères, mes tout petits… »

Un groupe d’internes en médecine a publié sur un blog un article très paternaliste et plein de préjugés sur les « trip-advisor de la santé ». Principale difficulté selon eux, la capacité des patients à évaluer la qualité des soins qu’ils reçoivent… Extrait :

Un TripAdvisor des services hospitaliers ? Mmmhhhh … La nouvelle me laisse perplexe. Finalement c’est une suite logique des choses : la médecine est devenue un produit de consommation, les patients se croient à l’hôtel lorsqu’ils sont hospitalisés (« Non j’aimerais plutôt aller au scanner après ma série TV » ou « Pas l’opération de l’appendicite maintenant, je chante ce soir à un concert ! » )… 

Nous avons décidé de reproduire ici la réponse magistrale d’un médecin, chef de service de réanimation d’un hôpital parisien, qui ne partage pas ce point de vue.

Merci Dr François Blot d’avoir si bien su exprimer votre indignation, qui est aussi la nôtre…

Et ben si, les gars : les malades pensent ! J’te jure… Ils ont des avis, ils s’informent, et pas seulement auprès de leur concierge puisqu’ils n’ont plus que des digicodes. Les patients ont un regard critique, et c’est heureux, une intelligence de personne humaine, d’être pensant. Moi aussi, je trouve ça dingue, mais il faut s’y faire. Et ce n’est pas seulement l’éclat de leurs œufs mimosa, la tiédeur du jambon-purée, la marque de cigarette dans le rideau (Hôpital sans tabac oblige) qu’ils évaluent. Non madame : les organisations (ou désorganisations) des soins les frappent au premier coup d’œil. L’accès à l’information et à la décision médicale partagée (P., A., R. …. C’est dans le dico, je vous laisse lire), l’humanité des soins, le respect de la personne, la participation au parcours de soin, la reconnaissance de l’expertise patient, le respect des procédures (quand on entre dans une chambre sans se laver les mains, ils s’en rendent compte. Si, si !), tous points, et bien d’autres, qu’il leur est loisible de juger. Penser que les malades « fuiront l’hôpital truc à cause de son papier peint » (sic) est une insulte à l’intelligence. A leur intelligence, mais aussi à la vôtre, qui ne ressort pas de ce papier comme une caractéristique première. Non plus que l’humanisme ou un soupçon d’empathie, mais cela vous importe-t-il plus que votre premier abaisse-langue (réutilisable)?

> Lire la suite sur le blog « Souriez, vous êtes soignés »